Pour un monde meilleur POUR TOUS
Flash FM, c’est le nom d’une radio locale de Haute-Vienne. Une radio que la gendarmerie locale a pris en grippe, au motif qu’elle encouragerait ses auditeurs à signaler les radars fixes et mobiles aperçus sur la route, et qu’elle relaierait ensuite à l’antenne la position desdits radars. Flash FM vient donc de recevoir un courrier du procureur de la République, lui signifiant que cette pratique était « une entrave au bon fonctionnement des services de la gendarmerie dans le département ». La radio va-t-elle obtempérer ? Peu probable. Ce petit service rendu aux automobilistes lui ayant permis, semble-t-il, de doubler son nombre d’auditeurs.
Selon Flash FM, sa démarche est « préventive », et il est vrai que si l’objectif d’un radar installé sur une portion de route spécialement dangereuse est de faire en sorte que l’automobiliste lève le pied à cet endroit, l’objectif est indéniablement atteint. Mieux que si on l’avait laissé passer à fond de cale sans le prévenir en lui laissant frôler mille morts, non ? Mais si l’objectif est de remplir les caisses de l’État et les quotas annuels, alors, bien sûr, ce n’est plus la même chose…
Évidemment, comme on ne cesse de nous le répéter, le nombre de morts a significativement baissé sur la route ces dernières années et les contrôles de vitesse n’y sont peut-être pas étrangers. Évidemment, chaque fois que des gendarmes se mettent en embuscade sur le bord d’une route, ce n’est pas toujours pour verbaliser le gentil conducteur du dimanche en goguette : ils peuvent aussi chercher à coincer quelque gros bonnet. Évidemment, le contrôle de vitesse impromptu et imprévisible a aussi ses vertus pédagogiques comme, au lycée, une interro surprise a les siennes. Sauf que si à chaque fois qu’un élève était pris en flagrant délit de leçon non apprise, il devait mettre un billet dans la tirelire du prof, on finirait par se demander si cette multiplication d’interros tordues est tout à fait innocente… Et si le prof ne cherche pas à se refaire après quelques revers de fortune.
C’est comme tout : trop de radar tue le radar. Et trop de servitude volontaire tue la servitude volontaire. Ras le bol. Et ce ras-le-bol se cristallise dans cette petite boîte grise planquée au bord de la route, devenue symbole par excellence d’un État perçu comme matraquant et faisant cracher au bassinet les honnêtes gens encore solvables. Si la France n’était pas ce qu’elle est, si, surtout, la délinquance en France n’était pas ce qu’elle est, sans doute accepterait-on avec plus de philosophie de perdre un point et 90 € pour 57 km/h enregistrés là où nous n’aurions pas dû – bandits que nous sommes – dépasser les 50. Mais dans une maison ouverte à tous les vents, squattée, taguée, dégueulasse, remplie d’immondices, et passablement en ruines, commence-t-on par engueuler ceux qui n’ont pas mis les patins aux pieds en rentrant, avant ceux qui se soulagent directement sur le tapis du salon ?
Alors, les Français s’organisent. Méthodes fortes — et même très fortes — ou bien méthodes douces. Les bonnets rouges brisent, cassent, brûlent, les autres se serrent les coudes et se refilent les infos, via la radio, pour slalomer entre les contrôles. Et parfois, on se prend à regretter de ne pas habiter Limoges. Il est des matins où l’on troquerait volontiers un mauvais Apathie sur RTL contre un bon tuyau sur Flash FM.
http://www.bvoltaire.fr/gabriellecluzel/les-francais-sorganisent-meme-sur-les-routes,46703