Pour un monde meilleur POUR TOUS
Ce qu’il y a de bien, avec les Anglais, c’est que lorsqu’il n’y en a plus, il en reste encore. Comment s’occuper quand on s’ennuie ? En tapant sur les Français, pardi : d’où le fameux French bashing. En 2003, lors de la seconde guerre d’Irak, alors que Tony Blair mentait comme un arracheur de dents à son propre peuple, Jacques Chirac avait les honneurs de leur presse de caniveau, la tristement célèbre « gutter press ». Parce qu’il s’opposait à cette ratonnade internationale, il n’était qu’un « ver ». Photomontage à l’appui avec notre Président d’alors en forme de lombric.
Là, voilà que ça les reprend. Une véritable manie depuis Fachoda et Mers el-Kébir. À tel point que Bernard Émié, notre ambassadeur en perfide Albion – plénipotentiaire incarnant la fine fleur du Quai d’Orsay –, a dû remettre les pendules de Big Ben à l’heure. Motif de cette énième fâcherie ? Un article publié par City A.M., quotidien économique gratuit. Lequel assure que « l’expérience socialiste de la France tourne à la tragédie » et stigmatise au passage notre « haine généralisée pour le commerce, le capitalisme, les succès et l’effort »… Ambiance.
Petite mise au point pour commencer. Si François Hollande était socialiste, cela se saurait. Durant sa campagne présidentielle, l’homme avait désigné le « monde de la finance » – celui de la City et accessoirement de Wall Street, donc – pour « principal ennemi ». Il paraît qu’il entendait la remettre au pas. Les banquiers en rigolent encore, notre président casqué façon Daft Punk ayant même été infoutu d’obliger les prévaricateurs en question de découpler leurs activités d’investissement et de dépôt, continuant ainsi à jouer au casino avec l’argent des épargnants. N’est pas Hugo Chávez qui veut. Quant à la haine supposée du capitalisme, du commerce et de l’effort, on ajoutera qu’ici, au contraire de là-bas, on travaille pour vivre et qu’on ne vit pas pour travailler.
Ensuite, City A.M. raille notre système de santé. Certes mal au point et mis à mal. Mais oublie surtout de nous expliquer pourquoi tous les Anglais qui en ont les moyens financiers viennent se faire soigner en France, dans les meilleurs hôpitaux d’Europe, qu’ils relèvent du secteur public ou privé. Quand mon défunt ami Jean Bourdier, ancien directeur adjoint de Minute, retraité à Midhurts (Sussex) et pourtant thatchérien de choc, se battait contre le cancer qui l’emporta, c’est en France qu’il venait soulager ses souffrances, tenant les médecins anglais pour à peu près aussi compétents en la matière que des marabouts camerounais.
À cette fête de l’esprit, il fallait bien que le Daily Telegraph s’invite, assurant que les Français étaient tout juste bons à leur faire concurrence « sur le vin et le fromage ». Et voilà que les Rosbifs nous causent gastronomie. Un peu comme si Marc Dutroux se penchait sur les déboires de l’enfance malheureuse.
Alors, Messieurs les Anglais, tirez les premiers, élégance française oblige. Mais tirez-vous surtout de l’Europe. Ce qui est déjà à moitié fait. Comme quoi, finalement, vous n’êtes pas si rachitiques du bulbe que certains mauvais esprits le prétendent.