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Ernesto Che Guevara (2)

 

Suite :

 

....sa propre arme111. Il se rend en Uruguay en août 1961. Le professeur Arbelio Ramírez est alors tué, le 17 août 1961, par un groupe d’extrême droite lié à la CIA112, victime d’une balle destinée au Che113.

À la suite de l’embargo américain, annoncé en février 1962 après la nationalisation des entreprises américaines, et à l’entrée de Cuba dans le COMECON, l’industrialisation massive est abandonnée. L’île reste un fournisseur agricole, mais cette fois-ci pour le bloc de l’Est.

Guevara joue un rôle clef dans la crise des missiles de Cuba (octobre 1962) en négociant à Moscou avec Raúl Castro auprès des Russes l’implantation de missiles balistiques nucléaires sur l’île. Che Guevara pense alors que l’installation de missiles soviétiques peut protéger Cuba de toute attaque militaire américaine. Dans une interview au journal britannique le Daily Worker quelques semaines après la fin de la crise, il déclarera tout en fulminant contre le recul soviétique, à moitié en plaisantant, que si les missiles avaient été sous contrôle cubain, il les aurait utilisés114.

Disparition de Cuba

En décembre 1964 Che Guevara voyage à New York comme chef de la délégation cubaine à l’ONU où il prononce le 11 décembre un discours à l’assemblée générale contre la politique étrangère américaine115, participe à une émission télé et rencontre des personnalités aussi différentes que le sénateur Eugene McCarthy, des compagnons de Malcolm X ou les Rockefeller116. Le 17 décembre, il commence une tournée internationale de 3 mois au cours de laquelle il visite la Chine, l’Égypte, l’Algérie, le Ghana, la Guinée, le Mali, le Bénin, la République du Congo et la Tanzanie, avec des étapes en Irlande, Paris et Prague. À Pyongyang, il déclare que la Corée du Nord est un « modèle dont Cuba devrait s’inspirer »117. À Alger, le 24 février, il fait son dernier discours sur le devant de la scène internationale où il déclare : « Il n’y a pas de frontières dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons pas rester indifférents face à ce qui se passe dans n’importe quelle partie du monde. La victoire de n’importe quel pays contre l’impérialisme est notre victoire, tout comme la défaite de quelque pays que ce soit est notre défaite118. »

Il étonne alors son audience en proclamant « Les pays socialistes ont le devoir moral d’arrêter leur complicité tacite avec les pays de l’ouest exploiteurs118. »

Deux semaines après son retour à Cuba où il est accueilli par Fidel et Raul Castro, il disparaît littéralement de la vie publique. Son activité en 1965 est un grand mystère étant donné qu’il est à l’époque considéré comme le numéro deux du gouvernement.

Les causes de sa disparition sont toujours controversées et peuvent être attribuées à diverses raisons :

  • échec de l’industrialisation ;

  • la pression des Soviétiques et d’une partie des responsables cubains sur Castro. En effet, ceux-ci désapprouvaient l’alignement économique et idéologique pro-chinois du Che, surtout à une époque où se creusait le conflit sino-soviétique et où l’économie cubaine dépendait de plus en plus de l’Union soviétique. Guevara était considéré par beaucoup comme un avocat de la stratégie maoïste en Amérique du Sud. Ses détracteurs comparaient son plan d’industrialisation au Grand Bond en avant chinois ;

  • d’autres suggèrent que Castro avait pris ombrage de la popularité de Guevara et commençait à le considérer comme une menace, bien qu’il l’ait utilisé au service de sa politique extérieure119. Ils trouvent suspectes ses explications sur sa disparition et sont surpris que le Che n’ait jamais fait une annonce publique de ses intentions.

Après la crise des missiles cubains et ce qu’il a pris comme une trahison de Khrouchtchev qui a donné son accord au retrait des missiles sans consulter Castro, Che Guevara est devenu sceptique quant au rôle de l’URSS. Comme révélé dans son dernier discours à Alger, il en est venu à la conclusion que l’hémisphère nord, mené par les États-Unis dans l’ouest et l’URSS dans l’est, exploite l’hémisphère Sud. Il soutient le Viêt Nam du Nord dans la guerre du Viêt Nam et encourage les peuples des autres pays en voie de développement à prendre les armes et à créer « de nombreux Viêt Nam »120 Cependant, aussi bien Guevara que Castro sont partisans d’un « front anti-impérialiste uni » et tentent à plusieurs reprises de réconcilier l’Union soviétique et la Chine. Finalement, c’est surtout les leçons de l’échec de la guérilla de Salta rendant la perspective d’une révolution dans le Cône Sud-Américain improbable qui entraîne à nouveau Guevara sur le champ de bataille. Comme le dit Manuel Piñeiro, no 2 des services secrets cubains, à propos de la mort au combat de ses proches amis Masetti et Peña, « l’idée que pendant que cela s’était passé, lui se trouvait ici dans un bureau le perturbait. »121

Pressé par la spéculation internationale et les rumeurs quant au destin du Che, Fidel Castro déclare le 16 juin 1965 que le peuple sera informé à propos du Che quand lui-même l’aura décidé. Le 3 octobre, Castro dévoile une lettre non datée, écrite par Guevara à son attention, dans laquelle il réaffirme sa solidarité avec la révolution cubaine mais déclare son intention de partir combattre à l’étranger pour la révolution122. Il annonce également sa démission de tous ses postes au gouvernement, au parti et dans l’armée. Il renonce aussi à la citoyenneté cubaine qui lui a été donnée. Castro révèlera peu après qu’il savait où Guevara était mais qu’il ne le dirait pas, ajoutant que son ancien compagnon d’armes était en bonne santé.

Malgré les assurances de Castro, la destinée de Che Guevara reste un mystère et un secret bien gardé pour les deux années à venir.

Congo

Pendant leur réunion durant la nuit du 14 au 15 mars 1965, Guevara et Castro se sont mis d’accord pour que le Che mène personnellement la première action militaire cubaine en Afrique subsaharienne. Des sources mentionnent que Guevara aurait convaincu Castro à le soutenir dans son effort tandis que d’autres sources maintiennent que c’est Castro qui aurait convaincu Guevara d’entreprendre cette mission, argumentant que les pays d’Amérique latine visés n’étaient pas encore dans les conditions voulues pour y établir des focos (« foyers ») de guérilla123. Castro lui-même affirmera que la dernière version était la bonne124.

D’après Ahmed Ben Bella, qui était président d’Algérie à l’époque et avait beaucoup discuté avec Guevara, « La situation en Afrique semblait avoir un énorme potentiel révolutionnaire, ce qui amena le Che à la conclusion que l’Afrique était le maillon faible de l’impérialisme. C’est à l’Afrique qu’il décida de dédier ses efforts125. »

L’opération cubaine est planifiée pour aider le mouvement marxiste Simba pro-Patrice Lumumba (dont l’assassinat en 1961 avait indigné Guevara) au Congo-Kinshasa (ancien Congo belge, futur Zaïre et actuelle République démocratique du Congo). Guevara, son second Victor Dreke et 12 Cubains arrivent à Baraka-Fizi au Congo le 24 avril 1965. Un contingent d’environ 100 Afro-Cubains les rejoint peu après. L’arrivée du Che est tenue secrète même pour les membres de la guérilla congolaise126,127.

Ils collaborent un moment avec le dirigeant Laurent-Désiré Kabila, avec qui ils organisent le maquis d’Hewa Bora, d’Ébamba et de Wimbi. Kabila aide alors les partisans de Lumumba à mener une révolte qui est éliminée en novembre de la même année par l’armée congolaise. Guevara considère bientôt Kabila comme insignifiant et écrit : « Rien ne m’amène à penser qu’il soit l’homme providentiel »128.

Bien que le Che ait 37 ans et aucune formation militaire classique (il avait été réformé du service militaire argentin à cause de son asthme, chose dont il était fier à cause de son opposition au gouvernement Perón), il a déjà fait l’expérience de la guérilla cubaine et de sa marche décisive sur Santa Clara. Des mercenaires sud-africains (sous la conduite de Mike Hoare) et des exilés cubains opposés au régime castriste travaillent avec l’armée régulière congolaise pour lutter contre Guevara. Ils réussissent à intercepter ses communications, tendent des embuscades contre les rebelles à chaque fois qu’ils tentent une attaque et coupent ses lignes d’approvisionnement129,130. Bien que Guevara tente de dissimuler sa présence au Congo, le gouvernement US est informé de sa localisation et de ses activités. En effet, le National Security Agency (NSA) intercepte toutes ses transmissions grâce à l’équipement de l’USNS Valdez, un navire d’écoute de l’océan Indien.

Le but du Che est d’exporter la révolution cubaine en formant les combattants Simba à l’idéologie communiste et aux stratégies du combat de guérilla. Mais l’incompétence, l’intransigeance, les rivalités internes des rebelles congolais sont citées dans son journal du Congo comme les raisons principales de l’échec de la révolte131. Au lieu de s’assurer le soutien des populations locales, les combattants congolais pillent parfois des villages et tuent des civils. Le commandement unique n’existe pas et les chefs locaux rivalisent entre eux pour obtenir argent et matériel qu’ils emploient pour leur profit personnel. Certains responsables de la guérilla sont même assassinés par des rivaux. Enfin, les troupes inexpérimentées croient plus en la sorcellerie qu’à l’instruction militaire des Cubains, ce qui entraînera défaite sur défaite132.

Après sept mois de frustration, malade de la dysenterie et souffrant de l’asthme, débordé par les troupes de Mobutu, Guevara quitte le Congo avec les survivants cubains (six membres de sa colonne sont morts sur les 12 qui l’avaient accompagné). Ils doivent abandonner une bonne partie des combattants congolais faute de place dans les embarcations qui retraversent le lac Tanganyika133. À un moment, le Che estime devoir rester seul pour combattre jusqu’au bout comme exemple pour la révolution. Il en est dissuadé par ses compagnons et deux émissaires spéciaux envoyés par Castro. Quelques semaines plus tard, quand il écrit la préface de son journal du Congo, il la commence avec les mots: « Ceci est l’histoire d’un échec »134.

Clandestinité

Parce que Castro a rendu publique la « lettre d’adieu » du Che dans laquelle il coupait tout lien avec Cuba pour se dédier à ses activités révolutionnaires ailleurs dans le monde (alors qu’elle n’aurait dû être dévoilée que dans le cas de sa mort), celui-ci sent qu’il ne pourra pas revenir à Cuba pour des raisons morales. Il passe les six mois suivants dans la clandestinité à Dar es Salam et Prague où il écrit ses mémoires sur le Congo et deux livres, un de philosophie135 et un d’économie136. Il visite aussi plusieurs pays d’Europe de l’Ouest dans le but de tester une nouvelle fausse identité et les documents (passeport, etc.) créés pour lui à cet effet par le DGI, les services spéciaux cubains, en vue de son futur voyage en Amérique du Sud.

En 1966 et 1967 la localisation du Che est toujours tenue secrète. Des représentants du mouvement d’indépendance du Mozambique disent l’avoir rencontré fin 1966 ou début 1967 à Dar es Salam, où ils auraient rejeté son offre d’assistance à leur révolution137. Entre mars et juillet 1966, il aurait en fait été en Tchécoslovaquie, avec Haydee Tamara Bunke Bider (alias Tania), à Ladvi, 25 km au sud de Prague138. Il y récupère, après le Congo, de son asthme, et aurait alors déclaré: « Tout ici est ennuyeux, gris et sans vie. Ce n’est pas le socialisme, mais l’échec du socialisme138. »

Pendant cette période, Castro continue à demander son retour à Cuba. Guevara y consent, quittant la Tchécoslovaquie pour Cuba le 19 juillet 1966138, mais à condition que sa présence y reste secrète et que son séjour serve à organiser une nouvelle révolution en Amérique latine. Afin d’éviter tout risque de fuite, il visite ses enfants déguisé, sans leur dévoiler son identité139.

Le Che hésite beaucoup à entamer une guérilla en Argentine, où un coup d’État militaire mené par le général Onganía vient d’avoir lieu (juin 1966), mais en est dissuadé par Castro qui pense l’armée argentine beaucoup plus efficace que la bolivienne140.

Dans un discours en mai 1967, le ministre de la Défense cubain annonce que Guevara « sert la révolution quelque part en Amérique du Sud ».

Bolivie

En 1966 la Bolivie est gouvernée par une dictature militaire dirigée par le général René Barrientos, qui avait renversé dans un coup d’État le président élu Víctor Paz Estenssoro et mis fin à la révolution de 1952.

À la demande de Castro, un terrain est acheté dans la jungle de la région isolée et montagneuse de Ñancahuazú par le Parti communiste bolivien pour servir de camp d’entraînement. Celui-ci est situé dans une zone géographique très éloignée des demandes de Guevara qui s’incline néanmoins afin de ne pas perdre de temps.

Il quitte Cuba avec un passeport diplomatique accordé par le ministre des relations extérieures de Cuba, Raúl Roa García au nom de Luis Hernández Gálvez, fonctionnaire de l’Institut National de la Réforme Agraire. Il fait sa première escale à Moscou le 23 octobre 1966, puis prend la direction de Prague le 24 octobre avant de rejoindre Vienne en train sous le nom de Ramón Benítez Fernández, citoyen et commerçant uruguayen. Il change de nouveau d’identité à Vienne pour prendre le nom Adolfo Mena González, citoyen uruguayen également, chargé par l’ Organisation des Etats Américains(O.E.A) d’étudier les relations économiques et sociales en Bolivie. Il arrive à La Paz le 3 novembre 1966 en Bolivie via le Brésil avec ce passeport N° 130748 et passe déguisé les différents contrôles sans encombre141. Il commence son Journal de Bolivie le 7 novembre 1966. Auparavant, c’est déguisé en prêtre qu’il est allé rencontrer Juan Perón exilé à Madrid afin d’essayer d’obtenir sans succès l’assistance des péronistes argentins dans la guérilla bolivienne142.

Le groupe de 47 guérilleros, qui prennent le nom d’Ejército de Liberación Nacional (ELN, « Armée de libération nationale ») est composé en majorité de Boliviens mais aussi de seize Cubains de l’entourage très proche de Guevara et de quelques Péruviens et Argentins. Il a quelques groupes d’appui en milieu urbain.

Peu fut accompli pour créer une véritable armée de guérilla, qui ne recueillit jamais l’adhésion de la paysannerie143. Guevara pensait avoir l’assistance des dissidents locaux. Or, le PC local est plus tourné vers Moscou que La Havane et ne l’aide pas malgré ses promesses144. De plus, l’inflexibilité du Che, qui refuse de laisser le contrôle de la guérilla au PC bolivien, n’aide pas à conclure un accord avec le secrétaire général Mario Monje qui vient les rencontrer clandestinement145. Cette tendance existait déjà lors de la campagne cubaine mais avait été limitée par la diplomatie de Castro146. L’agent de liaison principal à La Paz, Haydee Tamara Bunke Bider dite « Tania », l’unique femme du groupe, est une ancienne membre de la Stasi, aussi considérée comme un agent du KGB. Cette dernière aurait inconsciemment ou non aidé les intérêts soviétiques en mettant les autorités boliviennes sur la piste de Guevara147.

Le 9 mars 1967, des militaires en congé et en civil allant pêcher rencontrent, sans heurts, des guérilleros, et le 11, deux déserteurs de l’ELN sont capturés, ce qui alerte le gouvernement bolivien qui demande alors l’aide des États-Unis et des pays voisins. Sur indications des déserteurs, le campement est découvert, ainsi que peu après de nombreuses caches qui contiennent documents, vivres et photos qui servent à l’identification du Che par la CIA. Les guérilleros doivent abandonner leur campement pour échapper à un encerclement de l’armée bolivienne et prendre dans leurs rangs des membres de la section de soutien urbain comprenant Tania, le Français Régis Debray et l’Argentin Ciro Bustos (es)148.

Che Guevara en Bolivie peu avant sa mort, 1967.

Le 23 mars, les forces de l’ELN sortent victorieuses de premières escarmouches contre l’armée régulière beaucoup moins expérimentée dans un terrain difficile et montagneux. Mais, les guérilleros ne disposent plus de contact radio constant avec La Havane: les deux transmetteurs fournis sont défectueux; l’inorganisation et le manque de préparation ont amené certains historiens à soupçonner un sabotage149. L’unique lien des guérilleros avec le monde n’est plus qu’un vulgaire récepteur radio. Malgré la nature violente du conflit, Guevara donne des soins médicaux à tous les soldats boliviens blessés et relâche tous les prisonniers149.

Le Che divise ses forces le 17 avril, afin d’extraire de la zone Régis Debray et Ciro Bustos, qui ne supportent plus les conditions de vie de la guérilla, et pour qu’ils puissent transmettre des messages à Cuba et aux communistes argentins148. Guevara met Juan Vitalio Acuña Núñez («Vilo») au commandement de la deuxième colonne. Les deux groupes ne peuvent se retrouver au point de rencontre prévu trois jours après, car Vilo a été obligé de se déplacer en raison de la proximité de l’armée bolivienne. En l’absence d’un lieu de rendez-vous alternatif et n’ayant aucun moyen de communications entre eux, ils ne pourront jamais se réunir à nouveau.

C’est à cette période que Guevara écrit le Message aux peuples du monde qui est lu à la réunion tricontinentale (Asie, Afrique et Amérique Latine) à Cuba, et qui contient ses affirmations les plus radicales : il y propose une guerre mondiale ouverte contre les États-Unis, contredisant ouvertement la coexistence pacifique prônée par l’Union soviétique et les partis communistes qui suivent Moscou. Le Che commence le document avec une de ses phrases les plus célèbres:

« Créer deux, trois… de nombreux Vietnam, telle est la consigne150,39. »

L’ELN est durement frappé le 20 avril lorsque Régis Debray et Ciro Bustos sont capturés. Debray est passé à tabac les premiers jours de sa détention, mais jamais torturé au sens propre. Personne à aucun moment n’a touché un cheveu de Bustos151,152,153. C’est au bout de trois semaines, après avoir sciemment parlé dans le vide de façon à ne livrer aucune information concrète154, que Debray admet les évidences, à savoir la présence du Che, déjà reconnue par Bustos, les déserteurs et le guérillero Vasquez Viana, arrêté le 28 avril et victime d’un subterfuge. Même après la rupture politique de Debray avec le régime cubain, Manuel Piñeiro, le chef des Services secrets cubains, reconnaît que ce dernier n’a fait que « confirmer la présence du Che en Bolivie », et qu’« il ne serait pas correct de ma part de rendre Debray responsable de la localisation de la guérilla, et encore moins de la mort du Che. »155 Quant à Fidel Castro, qui avait déjà évoqué « l’attitude ferme et courageuse » de Debray dans sa préface au Journal du Che (1968), répète dans sa Biographie à deux voix156 l’avoir envoyé lui-même en mission en Bolivie, et ne lui fait reproche de rien. Debray a lui-même, dans sa Déclaration devant le Conseil de Guerre157, révélé et stigmatisé la présence de la CIA dans ses interrogatoires et les honteuses propositions qui lui furent faites de se renier en échange d’une libération « rapide et discrète »158 Ciro Bustos vit quant à lui en exil en Suède159.

La route du Che. La ligne pointillée indique le chemin du groupe de guérilleros dirigés par Guevara jusqu’à son exécution. C’est aujourd’hui un circuit touristique et de commémoration.

Guevara pense avoir uniquement affaire à l’armée bolivienne, mal entraînée et mal équipée. Cependant, quand le gouvernement américain apprend sa localisation, la CIA et les Special Forces (incluant un bataillon de United States Army Rangers basé non loin de la zone de guérilla), sont envoyés pour entraîner et soutenir les militaires boliviens160,161. En mai, l’armée arrête les paysans soupçonnés d’aider les guérilleros, après avoir retiré des hôpitaux environnants tous les médicaments contre l’asthme148.

De nombreux combats ont lieu durant l’été. Le 1er août la CIA envoie deux agents cubano-américains pour renforcer la recherche de Guevara, Gustavo Villoldo et Félix Rodríguez, qui avait déjà participé à l’invasion de la Baie des Cochons162,163. Le 31, la colonne de Vilo Acuña qui inclut Tania est prise dans une embuscade alors qu’elle traverse une rivière: Restituto Cabrera est le seul survivant164, mais il est capturé et exécuté sommairement le 4 septembre164. Leurs corps sont d’abord exposés comme trophées puis enterrés clandestinement.

Le dernier contact de la partie urbaine de l’ELN est arrêté le 15 septembre, alors que le dernier membre des services secrets cubains a été inexplicablement rappelé au pays par son chef, Manuel Pineiro, pro-soviétique et opposant à Che Guevara. Contrairement à ce qui s’était passé au Congo, aucune tentative n’est faite par Cuba pour aller secourir ou aider Guevara et ses hommes165. Isolée, la colonne du Che est physiquement à bout, n’a plus d’eau potable et doit parfois porter son chef qui souffre de terribles crises d’asthme. Malgré tout, Guevara a toujours la même volonté et pousse toujours ses hommes en avant, comme lors du passage d’un précipice que les autres jugent impossible, mais qu’il franchit malgré son état :

« Imbécile, il n’y a rien d’impossible dans cette vie, tout est possible, les impossibilités c’est l’homme qui les fait et c’est l’homme qui doit les dépasser ! »166

Le groupe voit sa retraite coupée vers le Río Grande, ce qui l’oblige à remonter dans les montagnes vers le petit village de La Higuera où l’avant-garde est prise en embuscade et perd trois hommes le 26 septembre. Les 17 survivants s’échappent une fois de plus et le 7 octobre commencent à redescendre vers le Río Grande.

Capture et exécution

École de La Higuera où Guevara fut exécuté à 13 h 10 le 9 octobre 1967, maintenant un musée.

Les forces spéciales boliviennes apprennent par un informateur le lieu du campement de la guérilla. Plus de 1 800 soldats sont arrivés au village de La Higuera. Le 8 octobre 1967, le campement est encerclé dans le ravin de Quebrada del Yuro et Guevara ordonne de diviser le groupe en deux, envoyant les malades en arrière et restant avec le reste des guérilleros pour retenir les troupes boliviennes167.

Après trois heures de combat, le Che est capturé avec Simón Cuba Sarabia. Il se rend après avoir été blessé aux jambes et que la culasse de son fusil a été détruite par une balle. Selon les soldats boliviens présents, il aurait crié : « Ne tirez pas, je suis Che Guevara et j’ai plus de valeur pour vous vivant que mort »168 ou « Il vaut mieux que vous ne me tuiez pas, je suis le Che »148. Cette déclaration est en totale contradiction avec le comportement du Che lors de la guérilla cubaine qu’il voulait toujours exemplaire, mais pourrait être expliquée par le fait qu’il pensait que la situation était sans issue169. Une autre version de sa capture indique que ce n’est qu’une fois arrêté qu’il aurait simplement murmuré « Je suis Che Guevara » pendant que les soldats cherchaient la confirmation de leurs identités dans la documentation fournie par la C.I.A. et les services secrets boliviens170. Le groupe de guérilleros est dispersé. Trois hommes sont morts et un autre gravement blessé, les autres sont capturés ou tués par l’armée les jours suivants. Cinq parviennent finalement à atteindre la frontière chilienne et sont alors protégés et évacués par le sénateur socialiste Salvador Allende171 après avoir perdu un de leurs compagnons grièvement blessé par l’armée bolivienne qu’ils avaient alors dû achever. Selon Harry Villegas («Pombo»), un des survivants, si Guevara avait choisi de fuir avec eux, il aurait survécu167.

Quand il est emmené et qu’il voit des soldats boliviens qui ont été aussi blessés dans l’affrontement, Guevara propose de les soigner, mais son offre est refusée par l’officier responsable172. Les deux prisonniers sont emmenés dans une école abandonnée dans le village voisin de La Higuera. Les corps des autres guérilleros y sont entreposés et Juan Pablo Chang Navarro capturé le lendemain, y est détenu au milieu des cadavres. Le 9 octobre au matin, le gouvernement de Bolivie annonce la mort de Che Guevara la veille dans des combats. Au même moment arrive à La Higuera le colonel Joaquín Zenteno Anaya et l’agent de la CIA Félix Rodríguez. À 13h00, le président Barrientos donne l’ordre d’exécuter les guérilléros. Même s’il n’a jamais justifié sa décision, des collaborateurs pensent qu’il ne voulait pas d’un procès public qui aurait attiré l’attention internationale non désirée sur la Bolivie comme cela fut le cas lors du procès Debray. Il ne voulait pas non plus que le Che soit condamné à une peine de prison et qu’il puisse être relâché, comme Castro en son temps.

Il existe des doutes et de nombreuses versions sur le degré d’influence de la CIA et des États-Unis dans cette décision. Le président Barrientos voit l’ambassadeur des États-Unis la veille de l’exécution du Che148. Des documents de l’agence déclassifiés sous la présidence de Bill Clinton montrent que la CIA voulait éviter que l’aventure de Guevara en Bolivie se termine par sa mort173 mais d’autres sources montrent qu’au contraire la CIA aurait fait pression pour que Guevara soit fusillé174.

De même plusieurs versions existent sur qui a donné l’ordre d’exécuter Guevara. Selon certaines sources, c’est l’agent Rodríguez qui reçoit l’ordre d’exécuter Guevara par radio de Zenteno et les transmet aux officiels cubains présents sur place175. Selon d’autres témoignages dont celui du pentagone, c’est le capitaine Gary Prado Salmon, chef des rangers boliviens qui a décidé d’exécuter le Che, ou selon d’autres biographes, son supérieur, le colonel Zenteno qui lui en a donné l’ordre, sur instruction de Barrientos176. Rodriguez raconte qu’il a reçu l’ordre de maintenir Guevara vivant pour l’interroger lorsque la CIA apprend la capture. Un hélicoptère et un avion étaient affrétés pour pouvoir l’amener au Panama mais le colonel Joaquin Zentena, commandant les forces boliviennes dit qu’il n’avait d’autre choix que d’obéir à ses supérieurs.

Rodríguez donne des instructions pour l’exécution à Mario Terán, un sergent de l’armée bolivienne, afin que les blessures infligées à Guevara aient l’air d’avoir été reçues au cours du combat et qu’elles ne le défigurent pas177. Selon les versions, Teràn avait été désigné pour tuer Guevara par le hasard d’un tirage à la courte paille parce qu’une querelle sur qui aurait ce « privilège » avait eu lieu dans la troupe, ou sur ordre direct du colonel Zenteno. Dans le récit de Rodriguez, c’est lui qui annonce son exécution à Che Guevara. Ce dernier lui confie un message pour sa femme, les deux hommes s’embrassent puis Rodriguez quitte l’école178. Cette version est contestée par le chef des forces spéciales boliviennes, le capitaine Gary Prado, qui souligne au contraire que Rodriguez n’avait eu qu’un seul échange avec Guevara : Rodriguez avait menacé le Che qui lui avait en réponse craché au visage en l’accusant d’être un traître179.

Entre temps de nombreuses personnes ont pu venir rendre visite à Guevara, dont l’institutrice du village qui lui apporte à manger et rapporte une réponse du Che lors de sa dernière discussion avec lui : « Pourquoi avec votre physique, votre intelligence, votre famille et vos responsabilités vous êtes vous mis dans une situation pareille ? » « Pour mes idéaux. »148

Peu avant le Che, Simeón Cuba et Juan Pablo Chang sont exécutés sommairement.

En 1977, la revue Paris Match publie un entretien avec Mario Terán qui relate les derniers instants de Che Guevara :

« Je suis resté 40 minutes avant d’exécuter l’ordre. J’ai été voir le colonel Pérez en espérant que l’ordre avait été annulé. Mais le colonel est devenu furieux. C’est ainsi que ça s’est passé. Ça a été le pire moment de ma vie. Quand je suis arrivé, le Che était assis sur un banc. Quand il m’a vu il a dit : « Vous êtes venu pour me tuer. » Je me suis senti intimidé et j’ai baissé la tête sans répondre. Alors il m’a demandé : « Qu’est ce qu’ont dit les autres ? » Je lui ai répondu qu’ils n’avaient rien dit et il m’a rétorqué : « Ils étaient vaillants ! ». Je n’osais pas tirer. À ce moment je voyais un Che, grand, très grand, énorme. Ses yeux brillaient intensément. Je sentais qu’il se levait et quand il m’a regardé fixement, j’ai eu la nausée. J’ai pensé qu’avec un mouvement rapide le Che pourrait m’enlever mon arme. « Soyez serein – me dit-il – et visez bien ! Vous n’allez tuer qu’un homme ! »180. Alors j’ai reculé d’un pas vers la porte, j’ai fermé les yeux et j’ai tiré une première rafale. Le Che, avec les jambes mutilées, est tombé sur le sol, il se contorsionnait et perdait beaucoup de sang. J’ai retrouvé mes sens et j’ai tiré une deuxième rafale, qui l’a atteint à un bras, à l’épaule et dans le cœur. Il était enfin mort. »181

Exposition du corps de Che Guevara à Vallegrande. Photo prise par un agent de la CIA, 10 octobre 1967.

Son corps et ceux des autres guérilleros morts sont emmenés par l’armée bolivienne avec l’aide d’officiers américains et d’agents de la CIA en hélicoptère à Vallegrande, où ils sont exposés pour les medias du monde entier dans l’hôpital local182,183. Des centaines de personnes, soldats, civils et curieux viennent voir le corps. Les nonnes de l’hôpital et les femmes de la ville notent sa ressemblance avec les représentations de Jésus et coupent de mèches de ses cheveux pour les garder en talisman184. Les photographies qui sont prises du Che aux yeux ouverts donnent naissance à des légendes telles que San Ernesto de La Higuera et El Cristo de Vallegrande185. Un culte religieux du Che lié au catholicisme est apparu au début des années 1990 dans les régions de Vallegrande et de La Higuera, avec des messes dites en son nom148.

Après son amputation des mains par un médecin militaire afin d’authentifier le corps et de garder une preuve de sa mort, des officiers boliviens transfèrent les dépouilles dans un endroit tenu secret. Après son exécution, les militaires boliviens et Félix Rodríguez se partagent les possessions du Che, y compris deux montres (dont une Rolex qui avait été remise au Che par un de ses compagnons mourant) et le journal de Guevara en Bolivie qui disparaît pendant des années. Aujourd’hui certaines de ses affaires, y compris sa lampe torche, sont exposées au siège de la CIA.

Le 15 octobre, Castro reconnaît la mort de Guevara et proclame trois jours de deuil national. Sa mort est perçue sur le moment comme un coup sévère porté à la révolution sud-américaine et au Tiers monde.

En 1997, les restes de Guevara et de plusieurs guérilleros sont exhumés et identifiés par analyse de l’ADN, puis renvoyés à Cuba. Il est enterré avec six de ses compagnons d’armes de Bolivie dans un mausolée situé dans la ville de Santa Clara après des funérailles de héros national.

Personnalité

La plupart des biographies montrent que la personnalité de Che Guevara est bien plus complexe et contrastée que le portrait de révolutionnaire romantique qu’en font certains de ses partisans ou que l’image de monstre sanguinaire qu’en donnent ses détracteurs.

Exemplaire et arrogant

Le Che était obsédé par le fait de montrer l’exemple en tout point pour lui-même et pour ses hommes. Non seulement en se surpassant physiquement comme il le faisait en luttant constamment contre son asthme dans les jungles des différentes guérillas (et en fumant le fameux havane), mais aussi en s’assignant lui-même les missions les plus dangereuses – son groupe de guérilla à Cuba était baptisé peloton suicida (commando suicide) -, les travaux les plus durs et la discipline la plus sévère. Il commente au président Nasser lors d’un voyage officiel en Égypte :

« Le moment décisif dans la vie de chaque homme est quand il doit décider d’affronter la mort. S’il la confronte, il sera un héros, qu’il réussisse ou non. Cela peut être un bien ou un mal politique, mais s’il ne se décide pas à l’affronter, jamais il ne cessera d’être seulement un politicien186. »

Il rejetait les privilèges, même les plus anodins, qui auraient pu le favoriser vis-à-vis de ses hommes et continua de même lorsqu’il devint ministre : « On commence comme cela, avec des petits privilèges, et ensuite on s’habitue et on justifie des privilèges de plus en plus grands, jusqu’à ce que le dirigeant se transforme en un assisté insensible aux besoins des autres187 »

Le fait de pouvoir incarner cet exemple lui fit développer une certaine impatience envers les moins doués ou les moins motivés, ce qui peut s’interpréter comme de l’arrogance188. Il passait toutefois beaucoup de temps au cœur de la Sierra Maestra à apprendre à lire et écrire à des guérilleros souvent analphabètes.

Impitoyable et humain, idéaliste et extrémiste

Che Guevara était l’adepte de solutions extrêmes dans la défense de ses idées et pas seulement en théorie. Toujours au nom de l’exemple, il se chargea de l’exécution de membres de la guérilla condamnés pour trahison par les guérilleros. Fidel Castro lui confia le commandement du tribunal révolutionnaire de la Cabaña chargé de juger les responsables du régime de Batista car il savait que Guevara ne montrerait aucune clémence, la sentence de ceux condamnés pour exactions ou tortures était presque toujours la mort. Castro louait même « sa qualité d’agressivité excessive »189.

Pour le Che, sa conduite était dictée, selon lui, par la révolution mondiale qui était une véritable lutte à mort contre l’impérialisme, et il s’en justifia officiellement le 11 décembre 1964, devant l’Assemblée générale des Nations unies : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. Notre lutte est une lutte à mort »190.

Il était prêt à se sacrifier lui-même pour son monde meilleur, comme il l’exigeait de ses hommes, et Fidel Castro le réprimanda plusieurs fois pendant la guérilla cubaine à cause des risques qu’il prenait. Comme il l’écrivit dans son message d’avril 1967 à la Tricontinentale, Guevara voyait comme indispensable « la haine comme facteur de lutte ; la haine intransigeante de l’ennemi, qui permet à l’être humain de dépasser ses limites, et le transforme en une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer »150,191. À l’opposé, Che Guevara montrait de l’humanisme envers les soldats ennemis prisonniers ou blessés au combat et les soignait comme ses propres hommes, depuis les débuts de la révolution cubaine jusqu’à la veille de son exécution en Bolivie où même prisonnier et blessé, il proposa ses services de médecin à ses geôliers192,193.

Communiste et électron libre

Bien que fervent marxiste, Che Guevara défendait la particularité de ses idées et leur application contre Fidel et Raúl Castro ce qui valut de nombreuses disputes. Il était contre l’alignement sur le bloc soviétique, contre la bureaucratie naissante à Cuba (mais pour la centralisation), contre le gaspillage, contre l’exploitation du tiers monde et contre les privilèges. Il employait un ton et un discours franc et direct mais dénué de toute diplomatie et de calcul politique. Ceci lui attira de nombreux partisans mais lui créa aussi de nombreux ennemis. Si à Cuba l’habileté politique de Fidel Castro permit de rattraper ce trait de caractère, ce fut une des causes de ses échecs au Congo et en Bolivie

Provocateur et spirituel

Enfin, le Che ponctuait souvent de remarques humoristiques et provocatrices ses déclarations ou conversations privées ou officielles. Ainsi, en tant que ministre de l’Industrie, il termina une de ses lettres (adressée à un psychiatre ayant édité une revue médicale spécialisée en deux fois plus d’exemplaires qu’il n’y avait de médecins à Cuba, alors que le papier manquait cruellement) par la phrase :

« La revue est bien, le tirage intolérable. Crois-moi, parce que les fous disent toujours la vérité195. »

Lorsque sa deuxième fille Aleida naît, Guevara est en voyage officiel à l’étranger. Au télégramme on lui annonce : « Félicitations Commandant, c’est une fille », il fait une réponse à sa femme reflétant son humour argentin « Si c’est une fille, jette-la par-dessus le balcon ! »196.

Même la dernière page de son journal de Bolivie reflète cet humour, dans cet ultime cas désespéré. Deux jours avant sa mort, alors que ses hommes et lui sont encerclés, affamés et épuisés, il écrit : « Les onze mois de notre commencement de guérilla se terminent sans complications, bucoliquement… »

 

La pensée de Che Guevara

La révolution

Che Guevara considérait la lutte armée et la révolution socialiste comme le seul moyen d’améliorer les conditions de vie des pauvres d’Amérique latine, exploités par les États-Unis selon lui. Son point de vue révolutionnaire suivait ceux de Marx et Lénine, qu’il avait étudiés exhaustivement198. La révolution en Amérique latine passait pour lui par la création de « foyers » de guérilla (focos) dans un pays où existaient des « conditions objectives » pour une révolution. Ces focos permettent de réunir les « conditions subjectives » pour un soulèvement général de la population. Il pensait qu’il y avait un lien étroit entre la guérilla, les paysans et la réforme agraire. Cette position différait de la pensée soviétique et se rapprochait des idées maoïstes199. Il salua d’ailleurs le début de la Révolution culturelle, qui allait faire, peu après son exécution, entre 500 000 et 20 millions de morts200.

S’il admire depuis ses voyages et ses lectures le modèle soviétique et Staline, il commence à les critiquer sévèrement dès son passage au gouvernement cubain, et développe sa propre théorie économique communiste, pour lui plus moderne et plus adaptée aux besoins du tiers monde201. Ses derniers discours furent des critiques violentes contre l’exploitation du tiers-monde par les blocs communiste et capitaliste, ce qui était à l’opposé du dogme officiel118.

Il résume ainsi l’idéal et le mode de vie du révolutionnaire, qui doit rester pour lui avant tout humain :

« Permettez-moi de dire, au risque de paraître ridicule, que le vrai révolutionnaire est guidé par de grands sentiments d’amour. Il est impossible d’imaginer un révolutionnaire authentique sans cette qualité. Peut-être est-ce là un des grands drames du dirigeant. Il doit allier à un tempérament passionné une froide intelligence et prendre de douloureuses décisions sans que se contracte un seul de ses muscles. Nos révolutionnaires d’avant-garde doivent idéaliser cet amour des peuples, des causes les plus sacrées, et le rendre unique, indivisible. Ils ne peuvent descendre au niveau où l’homme ordinaire exerce sa petite dose d’affection quotidienne.
Les dirigeants de la révolution ont des enfants qui dans leurs premiers balbutiements n’apprennent pas à nommer leur père. Et des femmes qui doivent elles aussi participer au sacrifice général de leur vie pour mener la révolution à son destin. Le cadre des amis correspond strictement à celui des compagnons de la révolution. En dehors de celle-ci, il n’y a pas de vie.
Dans ces conditions, il faut avoir beaucoup d’humanité, un grand sens de la justice et de la vérité pour ne pas tomber dans un dogmatisme extrême, dans une froide scolastique, pour ne pas s’isoler des masses. Tous les jours, il faut lutter pour que cet amour de l’humanité vivante se transforme en gestes concrets, en gestes qui servent d’exemple et qui mobilisent202. »

Cependant, cette vision idéale fait parfois place à la realpolitik, et la fin justifie pour lui les moyens, comme l’avait formulé Nicolas Machiavel. À une personne qui se plaignait à lui à Cuba qu’un de ses amis avait été exécuté parce qu’il distribuait des tracts anticommunistes, Guevara répondit :

« Écoute, les révolutions sont moches mais nécessaires, et une partie du processus révolutionnaire est l’injustice au service de la future justice203. »

Contrairement à une croyance très répandue, le Che n’était pas contre le fait qu’un parti révolutionnaire puisse se présenter à une élection. Pour lui la forme révolutionnaire devait être adaptée au moment et au lieu donné :

«  Ce serait une erreur impardonnable que de sous estimer ce que peut apporter un programme révolutionnaire par un processus électoral donné. Mais il serait également impardonnable de ne penser qu’aux élections et de négliger les autres formes de lutte204. »

Il estimait néanmoins que tôt ou tard, il faudrait en venir à la lutte armée car les opposants risqueraient de faire un coup d’État militarisé pour renverser le régime socialiste élu.

L’homme nouveau

La révolution devait selon lui également s’accomplir au niveau individuel par la création d’un « homme nouveau ». L’individu de la société révolutionnaire doit chercher une récompense morale (solidarité et bien commun) et non matérielle. Pour lui, seule la récompense morale permet d’accéder au bonheur, la récompense matérielle étant l’apanage du capitalisme. Rechercher la récompense matérielle comme c’était le cas en Union soviétique verrait l’échec de la révolution communiste. Le travail volontaire pour la communauté en plus de celui réalisé pour subvenir à ses besoins était un exemple des actions que devait entreprendre cet homme nouveau. Il permettait également aux dirigeants de rester en contact avec les réalités de la population206.

Che Guevara ne cachait pas la difficulté de ce changement aussi bien au niveau individuel qu’au niveau de la société: « Abattre une dictature est facile, construire une société nouvelle est difficile »

Panaméricanisme et universalisme

Selon Che Guevara, les frontières d’Amérique latine étaient artificielles et représentaient un frein pour lutter contre l’impérialisme américain.

« nous croyons, et depuis ce voyage encore plus fermement qu’avant, que la division de l’Amérique latine en nationalités incertaines et illusoires est complètement factice. Nous sommes une seule race métissée, qui depuis le Mexique jusqu’au détroit de Magellan présente des similarités ethnographiques notables207. »

Pour lui, la révolution était mondiale, elle était une lutte totale contre l’impérialisme. Dans ce contexte, la solidarité mondiale était l’élément le plus important pour un monde meilleur208.

« Surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de votre cœur n’importe quelle injustice commise contre n’importe qui, où que ce soit dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire. »

Héritage

Le culte du Che

Alors que des photos du corps de Guevara étaient diffusées dans le monde entier et les circonstances de sa mort débattues, sa légende commença à s’étendre. Des manifestations contre son exécution, des articles, des hommages, des chansons et des poèmes furent écrits sur sa vie et sa mort210.

Les spécialistes de l’Amérique latine conseillant le Département d’État des États-Unis reconnurent l’importance de la fin « du révolutionnaire le plus glamour et ayant la réputation d’avoir connu le plus de victoires », notant que Guevara deviendrait pour les communistes et autres courants de gauche « le modèle révolutionnaire qui a rencontré une mort héroïque »211. Mais les réactions sur les conséquences de la mort du Che suivaient typiquement des lignes partisanes, le département d’État américain avait finalement conclu que sa mort serait un soulagement pour les gouvernements d’Amérique Latine qui redoutaient des soulèvements dans leurs propres pays212.

Ces prédictions furent fondées quand Guevara devint un puissant symbole de rébellion et de révolution pendant les manifestations étudiantes globales de Mai 68213. Des activistes de gauche admiraient l’apparente indifférence de Guevara aux récompenses et à la gloire et approuvaient sa justification de la violence comme nécessité pour établir l’idéal socialiste214. Le slogan « Le Che est vivant ! » (Che lives!) commença à apparaître sur les murs de tout le bloc ouest215, alors que Jean-Paul Sartre, une personnalité et théoricien du mouvement, encourageait son adulation en décrivant Guevara comme « l’être humain le plus complet de notre époque »216.

En dépit des controverses, le statut du Che comme icône populaire a continué à travers le monde et les époques, amenant à parler d’un « culte du Che » global. Une photographie de Che Guevara prise par Alberto Korda217 est devenue une des images les plus célèbres du XXe siècle. Transformé en graphique monochrome, le portrait fut reproduit sur toutes sortes de supports comme des tee-shirts, des posters, des tasses à café ou des casquettes, une manière plutôt ironique de faire de larges profits à partir du symbole de l’anticapitalisme218.

L’image de Che Guevara est à comparer à une mode globale, perdant souvent beaucoup sa connotation idéologique et politique, et le culte du Che a été parfois relativisé comme un simple « romantisme révolutionnaire adolescent »215.

À l’inverse, le journaliste Paul Berman critique vivement des films sur Guevara comme The Motorcycle Diaries. Il soutient que le culte moderne du Che occulte les très importantes luttes sociales et politiques qui ont aujourd’hui lieu à Cuba contre la dictature et empêche un meilleur soutien aux dissidents comme Raúl Rivero219.

L’auteur Christopher Hitchens, un supporter de la révolution cubaine dans les années 1960, résuma l’héritage de Guevara ainsi : « Le statut d’icône historique du Che a été assuré parce qu’il a échoué. Son histoire est une histoire de défaite et d’isolement, et c’est pourquoi il est si séduisant. Aurait-il vécu, et le mythe du Che serait mort depuis longtemps »215.

Des mèches de cheveux du Che, photos inédites de son cadavre et empreintes digitales ont été vendues aux enchères à Dallas, le 25 octobre 2007, pour une valeur de 100 000 dollars, par Gustavo Villoldo, un des agents de la CIA qui avait participé à sa traque en Bolivie. La veuve de Che Guevara, Aleida March, a protesté contre ces enchères220.

Outre la célèbre chanson Hasta siempre, les chansons concernant le Che ont été nombreuses en particulier en langue espagnole.

Impact en Amérique Latine

Dans les années 1990, l’échec des réformes néolibérales en Amérique Latine intensifia l’opposition au consensus de Washington221, amenant la résurgence de nombreuses opinions politiques de Che Guevara tel que le panaméricanisme, le soutien de fronts populaires dans la région, la nationalisation d’industries clefs et la centralisation du gouvernement222.

Au Nicaragua, les sandinistes guévaristes furent réélus en 2006 après 16 ans au pouvoir, leurs supporters portant des tee-shirts de Guevara. Le président bolivien, Evo Morales a rendu hommage de nombreuses fois à Guevara et a installé un portrait de l’Argentin fait de feuilles de coca locales dans sa suite présidentielle223.

En 2006, le président du Venezuela Hugo Chávez, qui est connu pour faire ses discours avec un tee-shirt du Che224, accompagna Fidel Castro pour une visite à Alta Gracia, la ville de la Province de Córdoba en Argentine, où Guevara avait vécu quelques années durant son enfance, accompagné d’une foule de milliers de personnes proclamant des slogans Guevaristes225. La fille de Guevara, Aleida écrivit un livre d’entretiens avec Chávez où il explique ses plans pour « la nouvelle Amérique Latine »226.

Guevara reste une des inspirations de la structure socioéconomique des FARC-EP, les Forces armées révolutionnaires de Colombie227, et de l’Armée zapatiste de libération nationale au Mexique

Héritage à Cuba

À Cuba, la mort de Guevara précipita l’abandon de la guérilla comme instrument de politique étrangère, accélérant un rapprochement avec l’Union soviétique, et le remaniement du gouvernement selon des critères soviétiques. Quand des troupes cubaines retournèrent en Afrique dans les années 1970, ce fut dans le cadre d’une expédition militaire à grande échelle, et le soutien des mouvements révolutionnaires en Amérique latine et dans les Caraïbes devint logistique et organisationnel. Cuba abandonna également les plans de Guevara de diversification économique et d’industrialisation qui était impraticable dans le cadre du COMECON.

Dès 1965, le journal yougoslave communiste Borba observa de nombreuses usines abandonnées ou jamais terminées à Cuba, héritage du plan d’industrialisation raté229.

L’état cubain continua à cultiver le culte de personnalité du Che, inaugurant de nombreuses statues et œuvres d’art en son honneur sur tout le territoire, décorant les écoles, les lieux de travail, les bâtiments publics, produisant des affiches et des billets à son image230. Les enfants du pays commencent chaque jour d’école avec le chant « ¡Pioneros por el Comunismo, Seremos como el Che! » (« Pionniers du communisme, nous serons comme le Che ! »). Le mausolée de Che Guevara à Santa Clara est devenu un site de signification presque religieuse pour beaucoup de Cubains215 pendant que le tourisme bénéficiait grandement de l’intérêt international pour le Che. Sur 205 832 personnes qui visitèrent le mausolée en 2004, 127 597 étaient des étrangers.[réf. nécessaire]

Canek Guevara, petit-fils du Che, a choisi de quitter Cuba en raison de son opposition au régime qu’il considère comme étant un capitalisme d’État. Il se dit « guévariste », mais déclare que le Che « a commis des erreurs en apportant son appui à une révolution qui se transforma en dictature. »

Héritage en Afrique

Alors qu’il lutte contre l’apartheid, le futur président d’Afrique du Sud Nelson Mandela envisage au début des années 1960 de passer de la lutte non violente inspirée par Gandhi à une guérilla armée comme celle de Che Guevara et étudie sa stratégie. En 1991 lors d’une visite à la Havane, Mandela dit que « Les exploits de Che Guevara dans notre continent étaient d’une telle ampleur qu’aucune prison ou censure ne pouvait nous les cacher. La vie du Che est une inspiration pour tous les êtres humains qui aiment la liberté. Nous honorerons toujours sa mémoire. »232.

De par son charisme, son marxisme révolutionnaire, sa volonté de montrer l’exemple et son assassinat à presque le même âge que Guevara, le président burkinabè Thomas Sankara est couramment appelé le « Che Guevara africain »

Héritage en Argentine

Le premier hommage officiel à Che Guevara en Argentine a eu lieu pour le 80e anniversaire de sa naissance le 14 juin 2008 à Rosario par l’édification d’une statue inspirée de la photo d’Alberto Korda au milieu d’une place à son nom. Le bronze qui ne porte aucune arme a été financé par des donations dont celle du musicien Manu Chao. Auparavant il existait uniquement un musée à Alta Gracia où Hugo Chavez et Fidel Castro étaient allés se recueillir en juillet 2005

Héritage politique en France

L’héritage de Che Guevara en France est essentiellement revendiqué par une partie de la gauche et de l’extrême-gauche.

Pour le Parti communiste français, Che Guevara est un révolutionnaire hors norme qui a marqué l’histoire de son empreinte, et dont la pensée politique est toujours d’actualité. Son exécution sommaire est considéré par eux comme un véritable assassinat236. Lors de l’anniversaire de sa mort en 2007, le PCF a organisé une série de réunions publiques pour discuter de son héritage.

Le porte parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Olivier Besancenot considère que la pensée de Che Guevara « est une source d’inspiration inépuisable », qu’il était un marxiste humaniste opposé aux exécutions sommaires et au terrorisme, pas une icône mais un homme faillible, qui néanmoins joignait ses paroles et ses actes. Il critique cependant un certain élitisme et une vision sacrificielle du militantisme237. De plus une très grande partie de la LCR considère qu’il n’a pas mis l’auto-émancipation des travailleurs au centre de sa stratégie238. Le Nouveau Parti anticapitaliste, successeur de la LCR et créé en février 2009 veut rassembler « le meilleur de la tradition du mouvement ouvrier, trotskiste, communiste, guévariste, écologiste et féministe »239.

Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts/Alliance libre européenne au Parlement européen et ancien meneur d’extrême-gauche de Mai 68, décrit Che Guevara dans la préface d’un album de soutien à Reporters sans frontières comme « une icône politique, sex-symbol transgénérationnel, dont la révolution a plutôt mal tourné »

Controverses

Certains historiens comme Stéphane Courtois, classé à droite241, mais aussi les opposants d’Ernesto Guevara, parmi lesquels on trouve la majorité des Cubains en exil, des militants anticommunistes, ainsi que des réfugiés d’autres pays communistes, le considèrent comme un tueur et un terroriste, l’historien exilé cubain Jacobo Machover le qualifiant de « bourreau fanatique »242. Ils pensent que Che Guevara a été « personnellement responsable » de l’exécution de centaines de personnes dans les prisons cubaines, surtout lorsqu’il commandait la forteresse de la Cabaña. Ses détracteurs comme Jacobo Machover arguent qu’il n’aurait jamais eu son diplôme de médecine242 et que contrairement à sa légende le décrivant comme un combattant extraordinaire, il serait en réalité un piètre tacticien. Pour lui, le Che loin de représenter un marxisme original dans sa version cubaine, est un marxiste orthodoxe243. En 2005, Carlos Santana ayant arboré un tee-shirt du « Che » à la cérémonie des Academy Awards, le musicien de jazz exilé cubain Paquito d’Rivera lui écrivit une lettre ouverte le fustigeant pour son soutien au « Boucher de la Cabaña », car son propre cousin y avait été fusillé d’après lui en raison de sa foi chrétienne ainsi qu’un grand nombre d’autres chrétiens244.

Pour l’historien Jean Ortiz, classé à gauche, les détracteurs tels que Jacobo Machover ne font pas œuvre d’historien car leur démarche ne repose que sur des témoignages d’opposants qui n’ont pas de sources historiques. Selon lui, il s’agit d’une entreprise politique visant à criminaliser le Che et à travers lui ceux qui prônent un changement de société. Il leur reproche aussi de sortir de son contexte la période de la chute de la dictature de Batista où des tribunaux ont répondu à la demande de justice du peuple. Jean Ortiz affirme que ce sont des criminels qui ont été exécutés et que cette épuration a été plus limitée que celle de la libération en France245. Le journaliste écrivain John Lee Anderson (en), considéré comme auteur de la meilleure biographie de Che Guevara par Le Monde246 a déclaré en réponse aux accusations de crimes de Guevara « Je n’ai pas encore trouvé une seule source crédible montrant un cas où le Che a exécuté « un innocent ». Ces personnes exécutées par Guevara ou sur ses ordres ont été condamnées pour les crimes habituellement punis de mort en temps de guerre ou peu après: désertion, trahison, ou des crimes comme le viol, la torture ou le meurtre. Je dois ajouter que mes recherche se sont étendues sur cinq ans, et ont inclus des cubains anti castriste parmi la communauté en exil à Miami ou ailleurs »247.

La légitimité des jugements révolutionnaires et exécutions menées par le gouvernement cubain sont toujours sujet d’un intense débat entre sympathisants et opposants de la révolution cubaine248.

Selon le sociologue Vincent Bloch, « L’édification de l’homme nouveau » est utilisé comme « prétexte idéologique » par le régime castriste pendant les années 1960 pour écarter tous les « diversionnistes » comme les hippies, les homosexuels, les témoins de Jéhovah, ou les « non fiables » qui sont placés dans des « camps de concentration, appelés Unités militaires d’aide à la production (UMAP) »249.

Bien que la plus grande opposition aux méthodes de Guevara vienne de droite, des groupes anarchistes (et libertarianistes) considèrent Guevara comme autoritaire, stalinien et responsable de la création d’un régime bureaucratique et totalitaire250. Ses détracteurs ont aussi théorisé que les révolutions inspirées par le Che ont en fait renforcé la répression et les dictatures militaires latino-américaines pendant de nombreuses années251,252. Le courant Socialisme international marxistes considère que la démarche guérilla de Guevara ne pouvait qu’être élitiste car ne mobilisant pas le pouvoir économique de la masse des travailleurs. Ils ont également souligné le soutien de Guevara pour la bombe nucléaire russe, et le fait que son départ de Cuba montrait selon eux son manque de liens avec les gens ordinaires au Cuba

Famille

Ernesto Guevara se maria deux fois et eut cinq enfants de deux femmes différentes :

Il se marie avec l’économiste communiste péruvienne Hildea Galdea (1925-1974) le 18 août 1955. Ils ont une enfant, Hilda Beatriz Guevara Gadea (1956-1995), qui naît au Mexique alors que Guevara participe à la guérilla cubaine.

Ils divorcent et un mois après, le 9 juin 1959, Guevara se remarie avec Aleida March (1936) qu’il a rencontrée en 1958, avant la bataille de Santa Clara. Ils ont ensemble quatre enfants, Aleida Guevara March (1960), Camilo Guevara March (1962), baptisé en l’honneur de son ami décédé Camilo Cienfuegos, Celia Guevara March (1963), à qui Guevara donne le prénom de sa mère, et Ernesto Guevara March (1965).

Selon la rumeur, Guevara aurait également eu un sixième enfant, Omar Pérez (1964), issu d’une relation extra-conjugale avec Lidia Rosa López. Bien que ce fils n’ait jamais été reconnu par Che Guevara, c’est lui qui aurait choisi son prénom

Surnoms et pseudonymes

  • « Che » est une exclamation (traduisible par « homme ») particulièrement employée en Argentine, plus précisément par ceux de la marge occidentale du Rio de la Plata, les « porteños » : che vení aca, qui signifie « toi, viens ici », che, vos « eh, toi » et qui, par extension, est employée en Amérique centrale et à Cuba pour désigner les Argentins. Ce surnom ne désignera plus que le seul « Che Guevara » au cours du temps, ce dernier ponctuant toutes ses phrases par « che »256.

  • Durant ses années de médecine, alors qu’il joue régulièrement au rugby, il fonde avec des amis une revue de rugby, Tackle, où il écrira sous le pseudonyme de Chang-Cho[réf. nécessaire].

  • Le nom de code d’Ernesto Guevara lors de son passage au Congo était Tatú. Ce mot signifie le chiffre trois en swahili, langue locale. Il fut surnommé Tatú Muganga car il était médecin. En effet, Muganga signifie « guérisseur » en swahili.

  • Les noms de code d’Ernesto Guevara lors de son passage en Bolivie furent Ramón puis Fernando (après l’arrestation de Régis Debray).

  • Pendant son voyage avec Granado, son surnom est Fuser venant de « Furibundo » (« coléreux ») et de « Serna » (« Guevara de la Serna »).

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