Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Pour un monde meilleur POUR TOUS

Publicité

1914 : Caillaux, l’homme qui n’aimait pas la guerre

Le 20 mars 2014

La France s’apprête à célébrer le centenaire du plus grand attentat-suicide de son histoire.

httphttp://cdn.bvoltaire.fr/media/2014/03/caillaux-565x250.jpg://

En ce début 2014, la France s’apprête à célébrer le centenaire du plus grand attentat-suicide de son histoire, de l’immense, de la monstrueuse, de l’imbécile tuerie de masse qui marqua le début de son déclin et la fin de l’hégémonie européenne sur le monde. De pieux discours, des cérémonies devant les monuments aux morts, des défilés, des reconstitutions, des livres et des films commémoreront le sacrifice de notre jeunesse, l’héroïsme de nos poilus, la gloire de nos grands-pères, et l’on rendra l’hommage rituel, sinon aux « grands chefs » de nos armées qui n’ont plus tellement la cote, du moins aux deux principaux fauteurs français de l’hécatombe : Poincaré, qui présida à la déclaration de guerre, Clemenceau qui, avec une obstination sénile, la fit jusqu’au bout avec le sang des autres et concourut, avec le traité de Versailles, à mettre au point le détonateur de l’explosion à venir.

C’est à Sarajevo, comme on sait, que furent tirés par un nationaliste serbe les trois coups de feu qui donnèrent le signal du départ aux chevaux de l’Apocalypse qui piaffaient d’impatience dans leurs starting-blocks peints aux différentes couleurs nationales. Mais l’écho s’est perdu dans le tumulte des événements, des cinq coups de revolver qui, tirés par une femme au siège d’un grand quotidien parisien, préludèrent à l’hécatombe, et Le Figaro – puisque c’est de ce journal, toujours vivant, qu’il s’agit – a omis, ces jours derniers, d’évoquer et même de mentionner l’assassinat de son directeur d’alors, Gaston Calmette, par Mme Caillaux.

Lorsque l’épouse de Joseph Caillaux, qui est le tout-puissant ministre des Finances et l’homme fort du cabinet Doumergue, tire sur le journaliste, elle entend simplement – si l’on peut dire – mettre un terme à la campagne féroce que celui-ci mène depuis trois mois contre son mari, se substituer à l’époux outragé et éviter la publication – qu’elle redoute – de correspondances privées qui porteraient atteinte à sa propre réputation. Elle ne mesure en aucune manière (et pour cause) les conséquences incalculables de son acte.

Encouragé, informé et instrumentalisé par les trois personnalités politiques de premier plan que sont Raymond Poincaré, Louis Barthou et Aristide Briand, Le Figaro, en prenant pour cible Joseph Caillaux, n’a pas seulement entendu servir les ambitions et les rancunes personnelles de ses rivaux, mais voit dans le partisan de l’apaisement entre la France et l’Allemagne, adversaire résolu de la loi des trois ans et de la course aux armements et initiateur de l’impôt sur le revenu, l’homme à abattre.

Le coup semble raté lorsqu’aux élections législatives d’avril 1914, l’alliance du Parti radical (formation hégémonique présidée par Caillaux) et du Parti socialiste de Jean Jaurès (qui franchit pour la première fois la barre des cent députés) sort largement victorieuse du scrutin. Les conditions sont réunies pour la mise en place d’un gouvernement de coalition réunissant toute la gauche française et bien décidé à mettre en échec le parti de la revanche. Caillaux saura apaiser et même liquider tous les contentieux qui peuvent opposer les deux puissances qui dominent le continent, l’Allemagne de Guillaume II et notre pays.

Oui, mais… La plus élémentaire décence interdit au vainqueur des élections de prendre la direction du gouvernement tant que Mme Caillaux, incarcérée depuis le 16 mars, n’a pas été jugée. Caillaux va donc consacrer toute son énergie – qui est grande – et son influence – qui l’est plus encore – à préparer, voire à organiser, le procès et l’acquittement de sa femme. Ce sera chose faite… le 28 juillet 1914, cinq jours avant le déclenchement du conflit.

À cette date, c’est le pâle et novice René Viviani, choisi par Caillaux lui-même pour exercer l’intérim, qui, chef nominal d’un gouvernement dominé par Poincaré, accompagne le président de la République dans sa fatale visite d’État à Saint-Pétersbourg. Le président du Conseil n’a ni l’expérience, ni l’envergure, ni le caractère qui lui permettraient de tenir tête au chef de l’État, ardent partisan de la revanche et de tout ce qui s’ensuit. À sa place, c’est-à-dire à la place qui aurait dû être la sienne, Caillaux aurait su – comme il l’avait déjà fait en 1911, lors de la crise d’Agadir – claquer les portes du temple de Janus au bec des rossignols et des corbeaux du carnage. Caillaux n’aimait pas la guerre.

Le revolver de Mme Caillaux, s’il se fût enrayé, la face du monde était changée…

Ajouter un commentaire...

Publier également sur Facebook

Publier en tant que Nina Vernet (Ce n’est pas vous ?)

    • Jean Marc Rosa · Meilleur commentateur

      Mais non caillaux n'était pas si important ni populaire et il s'est fait pincer plusieurs fois pour entente avec l'ennemi.

      Répondre · J’aime · Modifié · il y a 5 heures

  • Jean Marc Rosa · Meilleur commentateur

    C'est bien la première fois que je lis que l'assassinat de Calmette par l'épouse Caillaux avait des influences sur le déclenchement de la la guerre de 14-18. La rivalité économique, financière, industrielle et maritime anglo-allemande, le système d'alliance qui faisait que tout les pays s'entraîneraient les uns les autres dans la guerre, le militarisme prussien, le Kulturkampf, le pangermanisme et le panslavisme. enfin tout ce que j'avais appris. Tout cela n'était rien, tout était la faute d'une femme excédé qui en avait ras le bol que le directeur du Figaro mette à la Une, les affaires de c..s du père Caillaux. Vous m'en direz tant.

    Répondre · J’aime · 1 · S’abonner à la publication · Modifié · il y a 7 heures

Le tintement des cloches à l’unisson n’est jamais un bon signe.
Non, la célébration du centenaire ne donnera pas dans la gloriole. Ça c’était avant. Le lamentable film télévisé « Apocalypse. La première guerre mondiale » annonce la couleur si je puis dire : lessivage de cerveau avec la morale bobo du tout le monde est gentil (sauf ceux qui pensent autrement, bien entendu). Mort pour la France, est-il encore (pour combien de temps ?) écrit sur tous nos monuments. Aujourd’hui il faudrait dire avec le chœur des vierges : morts pour rien. Est-ce parce que la France n’est plus grand chose ? Parce que tout ce qui a fait sa grandeur et le feu sacré que lui enviait le monde entier : la liberté, le peuple souverain, mais aussi l’héritage immémorial, est considéré comme nul et non avenu par ceux qui usurpent le titre d’élites ?
Savez vou...Afficher la suite

Répondre · J’aime · 3 · S’abonner à la publication · Modifié · il y a 9 heures

    • Gérard Poitrenaud · Meilleur commentateur · Université de Marbourg

      Ce que vous dites est juste en ce qui concerne la France d’aujourd’hui et je serais le premier à ne pas vouloir que mes fils meurent pour une manigance d’enfumage de Hollande. Quand vous parlez d’histoire lamentable de l’Europe, je ne suis pas d’accord. Le fait est que l’Europe n’est plus au faite se sa puissance. Pourquoi? Il y a beaucoup de raisons.
      L’idéologie nouvelle est simplement de liquider l’histoire de France: si la guerre de 14 n’a pas de sens, qu’en est-il de celles de Napoléon? Qu’en est-il de la bataille de Poitier? Pauvre Roland à Roncevaux! „Ne vous occupez pas de lui Votre Altesse; il crève cette fois pour de bon“ diront les Ganelon en dentelles d’aujourd’hui. Pauvre Vercingétorix, dont les descendants n’ont plus d’honneur ni de fierté; et préfèrent vivre à genoux que mourir debout.
      Petits exemple parmi tant d’autres: les soldats soviétiques qui sont morts par million pour abattre le pouvoir d’Hitler sont-ils morts pour rien? En tout cas s’il ne l’avaient pas fait, il est clair que la deuxième guerre mondiale aurait fini en Europe aussi avec des lancers de bombes atomiques.
      Nous leur sommes redevables et chaque jours nous devrions penser à eux à genou pour nous purifier. Regardez ce qui se concocte tous les jours. Si les Français ne peuvent plus concevoir de mourir pour eux-mêmes, pour leur liberté; ils mourront quand même, mais pour les autres.

      Répondre · J’aime · 2 · il y a 7 heures

    • Philippe Peltier · Meilleur commentateur

      Gérard Poitrenaud : "L’idéologie nouvelle est simplement de liquider l’histoire de France: si la guerre de 14 n’a pas de sens, qu’en est-il de celles de Napoléon? ".

      Bref mais grand moment de lucidité. Les guerres ne servent que ceux qui les financent et/ou qui fournissent les canons. Et parfois servent les intérêts de politiciens arrivistes.

      Je ne suis redevable de rien à personne, j'aurais préféré que ces millions de paysans et d'ouvriers aillent vers leurs frères d'en face pour ne pas se battre.

      Répondre · J’aime · 2 · il y a 7 heures

    • Philippe Peltier · Meilleur commentateur

      Quant à "« voulez-vous que je vous dise ce qui à cette heure fait l’objet de toutes mes craintes ? Et bien ! Il est possible que l’Angleterre ne consente, si la guerre éclatait, à marcher aux côtés de la France que sous certaines conditions ! »
      Arrêtez le bourrage de crânes ! "

      Pitié... L'oligarchie industriello-bancaire anglaise a tout fait pour qu'il y ait une guerre.

      Les mêmes aujourd'hui, un peu partout, ont bien l'air d'avoir la tentation de nous refaire le coup de "la bonne guerre" qui purifie les comptes et les âmes.

      Rien de tel quand on sent le petit peuple prêt à prendre les armes pour monter au château que de lui filer des armes pour aller se faire tuer plus loin...

      Répondre · J’aime · 1 · il y a 6 heures

Voir 5 de plus

  • Janos Kulcsar · Meilleur commentateur · CNAM de Lille

    Merci Monsieur Jamet !
    Une fois de plus vous "osez" toucher un sujet , qui reste dans une obscurité coupable de par la faute , ou l'ignorance, d'une grande partie des populations , et ce qui est pire , des gouvernants ! -- Tabou --
    Des populations , non seulement des "vainqueurs" , vivent dans une attente permanenta de "la prochaine" ... ! -- Crimée --
    Commémorer ces carnages comme "glorieux", est en soit une preuve de totale, et criminelle incompréhension de l'Histoire ! Ou une volonté de manipulation ?!
    Quand les "gourous" de l'éducation nationale font enseigner "la fleur au fusil" , ils mériteraient d'être collés au fameux mur , avec en plus mention "criminels" !
    La seule chose qui nous distingue du monde animal est la parole . On en fait quoi?

    Répondre · J’aime · 2 · S’abonner à la publication · il y a 9 heures

  • André Faivre · Meilleur commentateur · Tataouine

    Merci pour ce cour d’histoire passionnant. la guerre de 14/18 a été un véritable suicide de l'Europe, un gaspillage effroyable d'hommes, de valeurs et d'argent. Il est impossible d'imaginer ce que serait le monde si cette guerre n'avait pas eu lieu. Celle de 39/45 certainement inexistante, etc...

    Répondre · J’aime · 4 · S’abonner à la publication · il y a 11 heures

  • Maurice Joly · Meilleur commentateur · Région de Bruxelles-Capitale

    Nous n'honorons pas la mémoire de ces généraux bornés, généreux du sang du peuple et dont le mérite se mesurait au nombre de "braves" tombés dans leurs offensives inadéquates, inutiles, en envoyant toute la jeunesse française devant les mitrailleuses. Nous pleurons cette boucherie qui endeuilla la France et l'Europe pour la dépeupler de ses forces vives. Toutes ces guerres, nous les payons encore aujourd'hui.

    Répondre · J’aime · 7 · S’abonner à la publication · il y a 11 heures

    • Joel Adam · Meilleur commentateur

      Et pourtant, tous ces bouchers ont eu et conservé les plus hautes distinctions nationales. Et ils ont encore beaucoup de rues portant leurs noms.

      Répondre · J’aime · 5 · Modifié · il y a 11 heures

    • Michel Marion · Meilleur commentateur · Paris

      il est évident que les généraux français ont été , à bien des égards, des criminels de guerre, à Verdun entre autres batailles, décimations injustes. Mais il ne faut pas oublier que les politicards d'alors avaient tout fait pour leur donner la chair fraîche : loi de trois ans, cours martiales improvisées, renforts de l'empire, uniformes obsolètes et j'en oublie.

      Répondre · J’aime · 3 · il y a 10 heures

    • Marie Genko · Meilleur commentateur

      L'Alsace et la Lorraine elle ont été françaises jusqu'au traité de Maastricht...!
      Aujourd'hui elles sont européennes!
      Le suicide de l'Europe, voilà le résultat des deux guerres mondiales!
      Le suicide de l'ancien monde, celui de nos civilisations ancêstrales, et la marche victorieuse du Nouvel ordre mondial ....!

      Répondre · J’aime · 5 · il y a 12 heures

    • Wolfi Wolf · Meilleur commentateur · Celle de la vie

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Alsace-Lorraine

      Répondre · J’aime · il y a 10 heures

    • Jean Marc Rosa · Meilleur commentateur

      Je crois savoir que nos compatriotes d'Alsace et de Moselle de l'époque n'étaient pas trop pressé de rejoindre le giron de la Patrie française. L'Empire allemand était très prospère, le niveau de vie supérieur et la politique laïcarde de la IIIe République avait froissé plus d'un catholique ou,protestant alsacien.

      Répondre · J’aime · 3 · il y a 8 heures

Voir 3 de plus

    • Paul Barthelemy

      P S fouteur de merde

      Répondre · J’aime · 2 · il y a 12 heures

    • Wolfi Wolf · Meilleur commentateur · Celle de la vie

      Avant la fin de la décennie. Peut-être même une guerre civile...

      Répondre · J’aime · 3 · il y a 10 heures

    • Gilbert Piton · Meilleur commentateur

      Non, non, Jaurès était contre cette guerre, c'est pour cela qu'il a été assassiné... Poincaré était plutôt de gauche, mais comme beaucoup politiciens en France à cette époque, nationaliste et revenchard.

      Répondre · J’aime · 1 · il y a 9 heures

http://www.bvoltaire.fr/dominiquejamet/1914-caillaux-lhomme-qui-naimait-pas-la-guerre,53931?utm_content=bufferf6753&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

Publicité
1914 : Caillaux, l’homme qui n’aimait pas la guerre
1914 : Caillaux, l’homme qui n’aimait pas la guerre
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article